LE CHOIX "CHILDFREE" : Entre lucidité et liberté


LA NUANCE ENTRE "AVOIR UN ENFANT" ET "ETRE MERE"

C’est le point de départ de ma réflexion : on peut adorer les enfants sans pour autant vouloir endosser le rôle de mère. L'un est un lien affectif et spontané, l'autre est une fonction qui transforme l'identité et le quotidien de manière irréversible. Pour ma part, je n'ai jamais ressenti ce désir viscéral. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu d’attirance particulière pour les bébés. Petite, je ne jouais jamais à la maman ou à la vie de famille. Ce qui m’intéressait déjà, ce n’était pas l’enfant en tant que tel, mais la personne qu’il était. Je sais "faire" avec eux, ils m'apprécient souvent, mais je ne tire pas plus de plaisir à les côtoyer qu'à discuter avec des adultes. À 40 ans passé, mon choix s’est confirmé à 3000 %. Ce n'est pas un manque de maturité, c'est un alignement profond avec mes aspirations : je suis une femme qui s'écoute et qui sait que ce costume de mère n'est simplement pas le sien. On parle beaucoup de l'instinct maternel comme d'une force mystique qui s'abattrait sur toutes les femmes. Mais la biologie n'est pas une fatalité. Ne pas ressentir cet appel ne fait pas de nous des êtres 'incomplets' ou 'défaillants'. C’est simplement la preuve que la féminité est plurielle et qu’elle ne se résume pas à une fonction reproductrice.

LE MIROIR DU SACRIFICE PARENTAL

Je suis issue d'une famille aimante et dévouée, et j'ai une conscience aiguë du temps, de l'énergie et de la patience que mes parents ont investis pour que je ne manque de rien. Je sais que par caractère et par éducation, si j'avais eu des enfants, j'aurais fait exactement la même chose : je me serais sacrifiée pour eux. C'est peut-être là le plus grand paradoxe : c'est parce que je respecte énormément ce que représente le rôle de parent que je refuse de l'endosser. Je n'ai pas eu envie de faire ce sacrifice de mon existence pour celle d'un autre. Je sais que je ne saurais pas faire les choses à moitié, et je refuse de m'engager dans une voie où je m'oublierais totalement. 

LE REFUS DES CHAINES ET DE LA RESPONSABILITE TOTALE
Deux freins majeurs ont toujours guidé mon choix. D'abord, le lien au père : avoir un enfant, c’est être liée à une autre personne pour l'éternité. Même en cas de séparation, ce lien demeure via le géniteur. Pour moi, cette idée d'être "enchaînée" à quelqu'un via un tiers est inconcevable. Ensuite, il y a la réalité de la responsabilité d'autrui. Assumer la responsabilité totale d'un autre être humain, avec toute la charge mentale et émotionnelle que cela implique, ne m'a jamais attirée. J’aime ma vie, ma liberté de mouvement et avoir du temps pour mes projets. Mon rythme actuel est physiologiquement incompatible avec l'éducation d'un enfant : passer du temps avec des parents suffit à voir que 50 % de leur énergie est absorbée par la logistique, leurs demandes, leurs bouderies et aussi les pleurs. Ce n'est pas une critique, mais un refus lucide de m'imposer ce rythme. 

UN REJET ORGANIQUE AU-DELA DU CONTEXTE : L'EPREUVE DE L'IVG
Pour faire taire les clichés sur le fait que je n'aurais "pas rencontré le bon", je veux être transparente : la situation idéale s'est pourtant présentée. J'étais en couple stable, nous étions installés et disposions d'une sécurité professionnelle. Malgré la contraception, je suis tombée enceinte. Ma réaction a été immédiate et viscérale : prendre rendez-vous pour interrompre cette grossesse. J'ai eu recours à l'IVG sans l'ombre d'un regret. C’est la preuve que même quand toutes les conditions sont réunies, le refus de la maternité était ancré en moi. Si, par un immense paradoxe, le besoin d'enfant s'était manifesté, j'aurais privilégié l'adoption. Nous sommes déjà bien assez nombreux sur Terre ; l'idée de "procréer pour procréer" n'a jamais eu de sens pour moi. 

LE REGARD SUR LE MONDE ET LA PRESSION SOCIALE
Ma réflexion est aussi liée au monde dans lequel nous évoluons. C'est une société compliquée, et je n’ai pas envie de voir un enfant grandir dans la conjoncture actuelle. Face à ceux qui me parlent de la "solitude une fois vieille", je réponds que les liens du sang ne sont pas supérieurs aux liens que l'on tisse par choix. N'ayant pas d'enfants, j'ai justement beaucoup plus de temps à accorder aux personnes qui me sont chères. On ne fait pas des enfants pour s'assurer une présence future, c'est une vision qui me dépasse. J'aimerais que certains cessent de juger ou de culpabiliser celles qui font un choix différent, car personne ne sait mieux que nous ce qui nous rend heureuses. 

UN MESSAGE DE LIBERTE POUR LES AUTRES FEMMES

En choisissant de ne pas être mère, je ne 'manque' pas une vie, j'en choisis une autre. C’est une vie où le temps m'appartient, où mon énergie peut être dirigée vers mes passions, mes engagements et ma propre évolution. Ce temps que je n'alloue pas à une descendance, je le réinvestis dans le monde, dans mes relations et dans ma créativité. Ma valeur en tant que femme ne se mesure pas à ma capacité à donner la vie, mais à ma capacité à donner du sens à la mienne. Je porte cette parole pour que les générations suivantes sachent qu’il n’y a pas qu’un seul modèle. Avoir un enfant est une option, pas une obligation pour réussir sa vie. Je veux dire aux femmes de 20 ou 30 ans qui ne sentent pas cet appel : cela n’a aucune importance. Vous pouvez être épanouies en suivant votre propre voie. Je n'ai jamais douté de ma décision, j’ai toujours ressenti au fond de moi que ma vision était légitime. Ne vous mettez aucune pression : ce n’est pas votre utérus qui définit votre féminité ou votre valeur. Écoutez-vous, faites ce qui vous fait briller, car vous seules savez ce qui est bon pour vous.

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